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12.04.2012

Arnaud Pagès : Interview


Artiste Sergeant Paper de longue date, Arnaud Pagès s’inspire d’un crossover culturel où l’on retrouve aussi bien le graff, la bd, les comics américains, le graphisme, le pop-art et la Figuration Libre. Il répond à nos questions.

 

 

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Peux-tu te présenter en quelques mots ? 

 
Je m’appelle Arnaud Pagès, je suis graphic designer et peintre. J’ai commencé par dessiner pour des magazines, puis ensuite j’ai fais des expos et des collaborations avec des marques. Ça fait 6 ans que je me consacre entièrement à mon art. Et j’en suis très heureux.

 
Tu as commencé par la BD, pourquoi avoir arrêté ? 

 
Au tout début je voulais être dessinateur de BD. Mais pas pour faire de la BD
classique. J’étais attiré par l’aspect vraiment artistique de la BD, des dessinateurs comme Moebius, Druillet, Bilal… Mais raconter des histoires m’ennuyait profondément. Et le récit en BD, c’est un truc que tu ne peux pas zapper. C’était le côté graphique qui m’intéressait, après les cases, les bulles, c’était vraiment pas mon truc. Et puis j’ai découvert des peintres qui à leur manière avaient une grande proximité graphique avec les dessinateurs de BD, Andy Warhol, Keith Haring, Roy Lichtenstein, Ero, Robert Combas, Hervé Di Rosa. Mon choix était fait.

 

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Tu aimes travailler sur différents supports : papier, toile, textile, etc. Dans tes rêves les plus fous, qu’est-ce que tu aimerais toucher d’autre ? 

 

Il y a aujourd’hui tellement de possibilités ! Personnellement, je défends à 100% cette idée d’un art accessible à tout le monde, démocratique au niveau des prix. Ce qui n’empêche absolument pas par ailleurs de vendre des œuvres uniques très chères en galerie. Il n’y a pas de contradiction. Ce sont deux démarches différentes. J’adorerais par exemple que mon travail se retrouve sur une tour, une tour géante dans une mégapole. Certaines tours sont presque des œuvres d’art. Il y a aussi tout le côté objets qui m’intéresse, dans le cadre de collaborations avec des marques ou des créateurs. Un jeu vidéo aussi. J’adorerais concevoir la partie graphique d’un jeu vidéo ! Ce qui est bien avec le numérique c’est que ça ouvre aussi d’autres champs de création, davantage liés au multimédia. C’est à dire qu’on peut animer une image numérique, rajouter du son, des effets graphiques. C’est une piste de travail très intéressante ! Toutes ces pistes sont extrêmement intéressantes !

 

Sur quel support tu t’éclates le plus ? 

 
Tous les supports sont intéressants à travailler. Travailler en numérique m’a permis de multiplier les supports car quand on travaille une image en numérique, c’est beaucoup plus simple d’en faire ce qu’on veut, c’est à dire de la mettre sur un t-shirt, sur un fauteuil, de la printer en édition limitée, bref il n’y a pas de limite… Le numérique multiplie nécessairement les possibilités ! Mais chacun des supports est intéressant et différent. Au final je m’éclate quand je dessine. Peu importe le support.

 

 

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Tu as 40 ans, donc j’imagine qu’au début de ton art, tu n’avais pas accès à tous les outils numériques dont nous disposons aujourd’hui et que tu utilises dans tes créations. Comment as-tu saisi ce « virage du numérique » ? Comment t’appropries-tu ces nouveaux outils ?

 

Au tout début, me servir de photoshop était un moyen pour moi de travailler plus vite. Je faisais beaucoup d’illustrations pour des magazines, et les délais sont super courts. Les mecs t’appellent le jeudi et ils veulent un dessin pour le vendredi. Il faut travailler super vite, et comme en plus tu sais que ton dessin sera vu par pas mal de gens, il faut faire un truc au top ! Donc au début, photoshop me permettait d’aller beaucoup plus vite pour la colorisation. il suffisait d’un clic pour transformer un orange qui ne convenait pas alors que ça aurait été beaucoup plus laborieux avec la méthode classique. Et je me suis mis à utiliser de plus en plus photoshop. Et de fil en aiguille j’ai découvert un outil formidable. Je me suis alors rendu compte que cet outil pouvait se substituer de façon plus intéressante aux pinceaux. A titre personnel, je ne m’en sers pas du tout comme un graphiste pourrait le faire. Je m’en sers vraiment comme un peintre, en utilisant des points de couleurs pour peindre de façon numérique.

 

Quelles sont les différences de processus entre réaliser une illustration pour un magazine et réaliser une œuvre d’art pour une exposition en galerie ? Comment abordes-tu chacun de ces travaux ?

 

C’est très différent. Parce qu’une expo nécessite un vrai travail d’ensemble, un travail en profondeur. Quand je fais une illustration pour un magazine, je dois travailler vite, et illustrer un sujet précis, avec certaines contraintes liées à ce type d’exercice, c’est à dire qu’il faut que le dessin traduise l’article qu’on me donne à illustrer, que le lecteur comprenne le lien entre les deux. Il y a un cadre très précis que je ne choisis pas mais aussi une contrainte de format, celle du magazine. Et ce sont ces différentes contraintes qui rendent ce type de travail très intéressant. Parce que ça oblige à se poser des questions graphiques, à trouver des astuces pour que le dessin fonctionne bien. Sur une expo au contraire la liberté est totale. Je peux faire ce que je veux, il n’y a quasiment aucune limite. C’est moi qui définis le cadre, le format, en quelque sorte si il y a des contraintes c’est moi qui me les impose. Et je peux donc les changer si ça m’arrange. Après, comme j’ai beaucoup plus de temps pour travailler, les dessins sont nécessairement plus fouillés, plus travaillés.

 

Tu as des influences très diverses et variées, décris-les nous un peu… 


Elles sont en effet très variées. J’ai été influencé par les dessinateurs cultes des années 70 / 80, à savoir Druillet, Moebius, Bilal… Mais aussi par certains grands peintres contemporains, Picasso, Léger, Warhol, Haring, Combas… Tout comme par le graffiti et le graphisme. C’est très varié. Après, je ne sais pas si ça se voit dans ce que je fais…

 

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J’aimerais que tu nous parles de ta série d’illustrations pop-art que l’on retrouve dans le catalogue Sergeant Paper (Mao, Kennedy, etc). C’était quoi l’idée ? As-tu voulu délivré un quelconque message ? D’où viennent ces « tâches » de couleur que l’on retrouve souvent sur tes personnages ? 

 

Cette série vient de mon travail de portraits sur certaines grandes personnalités du XXeme siècle. J’aime bien faire ça. Mais il n’y pas de message particulier. Les tâches de couleurs qu’on retrouve sur les portraits de Mao et de Kennedy définissent vraiment mon style aujourd’hui. C’est une sorte de signature graphique. Dès qu’on voit un dessin comme ça on sait que c’est moi ! J’ai commencé à faire ces tâches lors de ma collaboration « Blood Project » avec la marque Kulte. C’était une série de portraits des pires tueurs en série américains, donc des visages avec des tâches de sang. Et puis c’est un système qui me plaisait beaucoup, qui était graphiquement super fort, donc jai continué dans ce sens, et je me suis mis à le diversifier et à le généraliser.

 

Qu’est-ce que tu vas faire en 2012 ?

 

Collaborer plus intensivement avec Sergeant Paper !

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Arnaud Pagès: 3 éditions limitées